Pourquoi l’Église ?

Hans Joas, Pourquoi l’Église ? Le pari de l’institution dans un monde fragmenté, Éditions du Cerf, 2025, 21.90€, 256 pages.

Hans Joas, Pourquoi l'Eglise

L’Institution n’est pas le contraire de la liberté spirituelle, elle en est la condition.

Le questionnement sur la place de l’Eglise dans nos sociétés est une questions d’actualité récurrente. Après l’ouvrage de Jacques-Benoît Rauscher, le livre d’Hans Joas offre un autre éclairage sur cette question.

L’institution au tribunal de la modernité

À l’heure où les rapports sur les crises institutionnelles se multiplient et où la « désaffiliation » religieuse semble devenir la norme en Occident, le titre du dernier livre de Hans Joas sonne comme un défi, voire une provocation. Le sociologue allemand, figure majeure de la pensée contemporaine et héritier de l’école de Francfort, ne signe pourtant pas ici un pamphlet apologétique. Dans Pourquoi l’Église ?, il livre une réflexion dense, entre sociologie, histoire et philosophie, pour comprendre pourquoi l’expérience du sacré a structurellement besoin d’une médiation collective.

Dépasser le mythe du désenchantement

Le point de départ de Hans Joas est une critique frontale de la thèse classique du « désenchantement du monde ». Pour l’auteur, la modernité n’entraîne pas mécaniquement la disparition du religieux. Si les formes traditionnelles s’érodent, le besoin de « sacralisation » — ce processus par lequel nous accordons une valeur absolue à des idéaux — reste une constante anthropologique.

L’originalité de Hans Joas est de montrer que l’individu ne peut maintenir seul la force de ses idéaux. L’Église n’est pas un carcan qui s’ajoute à la foi, elle est la « communauté d’interprétation » indispensable pour que l’expérience spirituelle ne s’évapore pas dans un subjectivisme stérile. Sans institution, le sacré risque soit de s’éteindre, soit de se transformer en idolâtrie (nationalisme, consumérisme).

La « généalogie affirmative » : comprendre pour transmettre

L’ouvrage, structuré en plusieurs essais, propose ce que Hans Joas appelle une « généalogie affirmative ». Contrairement à Nietzsche ou Foucault qui utilisaient la généalogie pour déconstruire les valeurs, Hans Joas l’utilise pour explorer les racines des valeurs universelles (comme les droits de l’homme) et montrer comment elles sont nées au sein de la tradition chrétienne.

l’Église a été le laboratoire de l’idée de dignité humaine

Hans Joas démontre que l’Église, malgré ses fautes historiques, a été le laboratoire de l’idée de dignité humaine. Il plaide pour une Église qui ne se replie pas sur une identité défensive, mais qui assume son rôle de « porteuse de mémoire ». L’institution est ce qui permet de lier le passé au futur, empêchant ainsi le présent de devenir une dictature de l’immédiat.

L’Église comme espace de résistance sociale

Un autre axe fort de l’ouvrage concerne la fonction politique et sociale de l’Église. Dans une société atomisée par la logique marchande,

l’Église offre un espace de « gratuité » et de « fraternité » qui échappe aux rapports de force économiques.

Hans Joas insiste sur la notion de « communauté de pratique ». On n’est pas chrétien par une simple adhésion intellectuelle, mais par la participation à des rites et à une vie commune. C’est ici que le livre rejoint les préoccupations pastorales de Lectures Chrétiennes : l’Église est le lieu où la Parole de Dieu « prend corps ». Elle est une structure de résistance face à l’isolement contemporain.

Une lecture exigeante mais nécessaire

Bien que le style de l’auteur soit marqué par la rigueur académique allemande, la traduction française rend justice à la clarté de son raisonnement. Le livre s’adresse non seulement aux théologiens, mais à tout lecteur s’interrogeant sur l’avenir du lien social. Hans Joas ne cache pas les difficultés de l’Église catholique actuelle, mais il suggère que la solution ne réside pas dans sa dissolution dans le monde, mais dans sa capacité à redevenir un lieu de « sacralisation » authentique.

Conclusion : Un souffle nouveau pour l’institution

Pourquoi l’Église ? est un livre d’espérance raisonnée. Hans Joas nous rappelle que l’institution n’est pas le contraire de la liberté spirituelle, elle en est la condition. Pour le lecteur chrétien, c’est une invitation à ne pas rougir de l’Église, mais à la concevoir comme un bien commun de l’humanité, un espace où le sacré trouve une voix pour parler au temps présent.

https://www.editionsducerf.fr/librairie/pourquoi-leglise-2/

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